@RomanBds
Merci d’avoir partagé ton expérience sur cette absence de transparence tarifaire d’Uber, que j’avais déjà relevée sur l’activité VTC lors des Jeux Olympiques 2024 à Paris.
On va essayer de décrypter la mécanique de tarification pour les comptes clients étrangers
Il est régulièrement observé une disparité significative entre le montant facturé à un client disposant d'un compte enregistré aux États-Unis et la rémunération perçue par le chauffeur VTC en France pour un même trajet.
Ce phénomène ne relève pas d'une anomalie technique ou bug, mais d'une mécanique de tarification algorithmique spécifique qu'il convient de décrypter.
Uber a rendu les déplacements plus simples, mais il a aussi inventé un modèle d’arbitrage mondial, d’où découle la mécanique de la tarification dynamique géolocalisée
L'algorithme de fixation des prix ne se base pas uniquement sur la localisation géographique du trajet, mais également sur le pays d'enregistrement du compte client et la devise associée.
Lorsqu'un client utilise un compte américain en France, plusieurs facteurs entrent en jeu :
- L'application peut afficher les prix dans la devise d'origine du compte, intégrant des frais de conversion bancaire.
- L'algorithme applique une évaluation de la propension à payer, souvent calibrée différemment pour les profils de touristes internationaux ou les comptes étrangers, ce qui génère des majorations dynamiques (pics de demande) plus élevées que pour un compte local.
Le découplage entre prix client et rémunération chauffeur est une stratégie assumée de tarification de la part Uber
en effet le modèle économique de la plateforme repose sur une dissociation entre le prix de vente au détail (payé par le client) et la rémunération du prestataire de transport (le chauffeur).
Les surplus générés par les majorations dynamiques ou les frais de service internationaux sont captés par la plateforme. la rémunération du chauffeur, quant à elle, est calculée selon des paramètres distincts (temps et distance), qui ne sont pas systématiquement indexés sur les pics de tarification appliqués au compte client.
Cela explique pourquoi un trajet sur paris d'un ressortissant Américain payé 66 € pour 15 minutes de course à Paris, le chauffeur VTC voit, lui, 23 € s’afficher sur son application. La plateforme empoche la différence.
en effet Uber propose aux clients étrangers une option appelée tarification en devise préférée
- Un Américain qui ouvre Uber à Paris voit ses prix en dollars.
- Uber ajoute 1,5 % de frais de conversion officiels.car la case devise préférée en dollars est coché d'office
- Mais surtout, l’algorithme applique un surcoût dynamique basé sur le pays d’enregistrement du compte.
les clients étrangers notamment américains se voient facturer des prix jusqu’à 2 à trois fois supérieurs à ceux des locaux pour le même trajet, au même moment.
Ce qui rend l’affaire encore plus choquante, c’est que ces surplus ne vont pas aux chauffeurs qui assurent vraiment la course.
Exemple concret (remonté par des chauffeurs parisiens) :
Client américain : 66 € payés, Chauffeur VTC 23 € affichés sur son application avant impôts et charges; soit une commission réelle supérieure à 60 %, alors qu’Uber communique officiellement sur 25 %.
le client étranger paie en dollars, le chauffeur français gagne en euros, et la plateforme garde tout l’écart
Et pourtant, le chauffeur supporte tous les frais carburant / électricité, assurance, entretien, usure du véhicule, carte VTC… et aucun statut de salarié.
L'accord professionnel de 2023, garantissant un revenu minimum de 1 € net par kilomètre au chauffeur, constitue un plancher de sécurité réglementaire.
Cependant, dans la pratique algorithmique, ce plancher tend à fonctionner comme une référence stable, mais attention ! c’est un minimum, pas un maximum.
En pratique, Uber utilise cette règle comme plafond officieux ! dès que le client paie plus cher, la plateforme se sert., et le chauffeur ne voit jamais la couleur du surplus.
Cette mécanique est rendue possible par le statut d'indépendant des chauffeurs, confirmé par la jurisprudence récente. La plateforme agit en tant qu'intermédiaire numérique de mise en relation avec une structure légale européenne (Pays‑Bas) et américaine.
Uber n’est pas considéré comme un transporteur classique et fixe les conditions tarifaires de manière unilatérale via son algorithme.
Le chauffeur, en tant qu'entrepreneur individuel, assume le risque économique du trajet sans avoir de visibilité ni de contrôle sur la formation du prix final payé par le client.
L’Autorité française de la concurrence a pourtant épinglé Uber début 2025, dénonçant une position dominante abusive. Mais rien n’a vraiment changé.