- 25 Janvier 2016
- 36
- 12
- Localité
- Paris
J'avais prévu de poster ce courrier, mais je ne peux pas si je ne suis pas une société ou une association de consommateurs ou un syndicat.
Mais si certains d'entre vous veulent le faire...
Bonjour,
J’aimerais par le présent courrier porter votre attention sur un défaut de transparence et de concurrence dans un marché relativement récent dont la presse et le législateur parlent fréquemment en ce moment : celui des VTC. J’aimerais cependant préciser qu’il ne s’agit absolument pas d’un problème opposant taxis et VTC mais bien d’un problème concernant les plateformes de mise en relation client/chauffeur elles-mêmes, celle d’Uber en particulier.
Je constate au jour le jour que les prix annoncés par les différents acteurs du marché manquent de transparence et de cohérence. Le consommateur n’a aucun moyen de comparer les services offerts efficacement, ni les prix. Il faudrait pour cela qu’il télécharge les applications de tous les acteurs du marché sur son téléphone personnel et fasse la comparaison des prix manuellement pour un trajet donné, ce qui est strictement impossible.
Une solution serait la création d'une unique plateforme permettant de comparer efficacement les offres des différents acteurs pour un trajet identique grâce à l'intégration des API mises a dispositions par les différents acteurs eux-mêmes. Ces API fonctionnent comme des canaux d’information permettant d’obtenir les données de chacun (prix, disponibilité, temps d’approche…) pour un trajet donné. Cependant l’information est aujourd'hui inaccessible pour réaliser un tel projet. Par exemple, Uber met à disposition une API, mais précise dans les « conditions d’utilisation » qu’il est interdit de l’utiliser dans une application agrégeant les API de la concurrence. Autrement dit, Uber déclare implicitement être opposé à la comparaison de prix et des prestations, ce qui est contraire au principe de libre concurrence.
Lesdites conditions d’utilisations se trouvent ici :
https://developer.uber.com/docs/terms-of-use
“Be a strong, trustworthy partner to Uber. Please do not :
[… ]
Aggregate Uber with competitors.
[… ]”
Mais il y a pire. Uber, est en situation de quasi-monopole aujourd’hui. la société maintient ce quasi-monopole et sa position dominante par le biais de 3 leviers :
- En s’accaparant les services de la majorité des chauffeurs VTC sans signer de contrat de travail mais avec des contrats de partenariat extrêmement contraignants : les chauffeurs sont obligés d’accepter 90% des courses proposées, ce qui empêche les concurrents de trouver des chauffeurs partenaires et de se constituer un réseau et une couverture géographique efficace.
- En s’accaparant le pool des clients : en effet, le client est peu disposé à télécharger les applications de tous les acteurs du marché sur son seul smartphone et se limite souvent à une seule application. Cette particularité empêche donc la concurrence d’accéder au marché. Uber profite de cette situation et l’entérine en refusant la mise à disposition de son API pour comparer ses prix face à ceux de la concurrence et participer à une unique plateforme pour les clients, comme expliqué au-dessus.
- En imposant continuellement des prix à la baisse, quitte à « vendre à perte » : ces baisses de prix s’effectuent sans se concerter avec les chauffeurs partenaires et sans étude de rentabilité. Elles permettent d’attirer l’ensemble de la clientèle sur leur plateforme, rendant les chauffeurs dépendants et dociles aux baisses successives.
Jour après jour, la situation de monopole d’Uber se renforce, ainsi que les conséquences. Aujourd’hui, en parlant aux chauffeurs et en lisant les forums de discussion, et depuis qu’Uber a encore réduit ses prix de 20% en Octobre dernier, je constate que nombreux sont ceux qui conduisent quotidiennement entre 12h et 14h par jour (ce qui pose des problèmes de sécurité) pour un revenu horaire net équivalent inférieur au smic et des taux d’occupation moyens de seulement 50%. En baissant ses prix, la société a également contraint la concurrence à suivre pour éviter de perdre sa clientèle en totalité, mettant l’ensemble des chauffeurs en situation difficile, avec des emprunts à rembourser pour l’achat de voitures. Le client ne se rend compte de rien, constate uniquement la baisse de prix et s'y habitue, refusant des prix plus élevés et plus équitables, ce qui le rend complice malgré lui d'un système quasi-esclavagiste.
Uber se présente aujourd’hui comme une simple plateforme de mise en relation, affirmant que les prix sont fixés selon l’offre et la demande. Pourtant, c’est bien la société elle-même qui décide de baisser de 20% les prix d’une transaction commerciale dont elle n’est aucunement contrepartie.
Je m’insurge et me permets de vous signaler que si le New York ou le London Stock Exchange avaient décidé du prix de vente des actions ou denrées proposées sur leurs plateformes leurs dirigeant seraient aujourd’hui poursuivis au pénal pour manipulation de marché.
Comment se fait-il donc que les autorités compétentes ne se saisissent pas du problème sérieusement ? Il y a quelques années, le législateur avait par exemple mis en place une série de lois permettant le transfert de numéros entre opérateurs de téléphonie mobile afin de fluidifier le marché et d’empêcher la naissance d’une situation de monopole. Le marché n’en a été que plus sain. Il existe également des solutions pour corriger les défauts du marché électronique des VTC et le rendre plus transparent et ouvert à la concurrence, et satisfaire ainsi les chauffeurs et les clients.
Si rien n’est fait d’ici quelques mois, le monopole d’Uber sera total et l’entrée de nouveaux arrivants sur le marché des VTC impossible. Les autorités ne peuvent accepter cette situation, d’autant plus que le transport individuel de personnes est un secteur stratégique dont aucune société ne devrait avoir le monopole, encore moins une société américaine.
Il semblerait enfin qu’Uber ait récemment modifié ses contrats de partenariat avec les chauffeurs en requalifiant ces derniers de clients de la plateforme au même titre que les voyageurs.
J’écris donc aujourd’hui, en ma qualité de citoyen, afin de connaître la position de l’Autorité de la Concurrence sur le sujet : j’estime que la société Uber abuse de sa position dominante (art. L. 420-2) et pratique des prix abusivement bas (art. L. 420-5). Je souhaite donc saisir votre organisme pour une enquête détaillée et pour trouver des solutions.
Cordialement,
Mais si certains d'entre vous veulent le faire...
Bonjour,
J’aimerais par le présent courrier porter votre attention sur un défaut de transparence et de concurrence dans un marché relativement récent dont la presse et le législateur parlent fréquemment en ce moment : celui des VTC. J’aimerais cependant préciser qu’il ne s’agit absolument pas d’un problème opposant taxis et VTC mais bien d’un problème concernant les plateformes de mise en relation client/chauffeur elles-mêmes, celle d’Uber en particulier.
Je constate au jour le jour que les prix annoncés par les différents acteurs du marché manquent de transparence et de cohérence. Le consommateur n’a aucun moyen de comparer les services offerts efficacement, ni les prix. Il faudrait pour cela qu’il télécharge les applications de tous les acteurs du marché sur son téléphone personnel et fasse la comparaison des prix manuellement pour un trajet donné, ce qui est strictement impossible.
Une solution serait la création d'une unique plateforme permettant de comparer efficacement les offres des différents acteurs pour un trajet identique grâce à l'intégration des API mises a dispositions par les différents acteurs eux-mêmes. Ces API fonctionnent comme des canaux d’information permettant d’obtenir les données de chacun (prix, disponibilité, temps d’approche…) pour un trajet donné. Cependant l’information est aujourd'hui inaccessible pour réaliser un tel projet. Par exemple, Uber met à disposition une API, mais précise dans les « conditions d’utilisation » qu’il est interdit de l’utiliser dans une application agrégeant les API de la concurrence. Autrement dit, Uber déclare implicitement être opposé à la comparaison de prix et des prestations, ce qui est contraire au principe de libre concurrence.
Lesdites conditions d’utilisations se trouvent ici :
https://developer.uber.com/docs/terms-of-use
“Be a strong, trustworthy partner to Uber. Please do not :
[… ]
Aggregate Uber with competitors.
[… ]”
Mais il y a pire. Uber, est en situation de quasi-monopole aujourd’hui. la société maintient ce quasi-monopole et sa position dominante par le biais de 3 leviers :
- En s’accaparant les services de la majorité des chauffeurs VTC sans signer de contrat de travail mais avec des contrats de partenariat extrêmement contraignants : les chauffeurs sont obligés d’accepter 90% des courses proposées, ce qui empêche les concurrents de trouver des chauffeurs partenaires et de se constituer un réseau et une couverture géographique efficace.
- En s’accaparant le pool des clients : en effet, le client est peu disposé à télécharger les applications de tous les acteurs du marché sur son seul smartphone et se limite souvent à une seule application. Cette particularité empêche donc la concurrence d’accéder au marché. Uber profite de cette situation et l’entérine en refusant la mise à disposition de son API pour comparer ses prix face à ceux de la concurrence et participer à une unique plateforme pour les clients, comme expliqué au-dessus.
- En imposant continuellement des prix à la baisse, quitte à « vendre à perte » : ces baisses de prix s’effectuent sans se concerter avec les chauffeurs partenaires et sans étude de rentabilité. Elles permettent d’attirer l’ensemble de la clientèle sur leur plateforme, rendant les chauffeurs dépendants et dociles aux baisses successives.
Jour après jour, la situation de monopole d’Uber se renforce, ainsi que les conséquences. Aujourd’hui, en parlant aux chauffeurs et en lisant les forums de discussion, et depuis qu’Uber a encore réduit ses prix de 20% en Octobre dernier, je constate que nombreux sont ceux qui conduisent quotidiennement entre 12h et 14h par jour (ce qui pose des problèmes de sécurité) pour un revenu horaire net équivalent inférieur au smic et des taux d’occupation moyens de seulement 50%. En baissant ses prix, la société a également contraint la concurrence à suivre pour éviter de perdre sa clientèle en totalité, mettant l’ensemble des chauffeurs en situation difficile, avec des emprunts à rembourser pour l’achat de voitures. Le client ne se rend compte de rien, constate uniquement la baisse de prix et s'y habitue, refusant des prix plus élevés et plus équitables, ce qui le rend complice malgré lui d'un système quasi-esclavagiste.
Uber se présente aujourd’hui comme une simple plateforme de mise en relation, affirmant que les prix sont fixés selon l’offre et la demande. Pourtant, c’est bien la société elle-même qui décide de baisser de 20% les prix d’une transaction commerciale dont elle n’est aucunement contrepartie.
Je m’insurge et me permets de vous signaler que si le New York ou le London Stock Exchange avaient décidé du prix de vente des actions ou denrées proposées sur leurs plateformes leurs dirigeant seraient aujourd’hui poursuivis au pénal pour manipulation de marché.
Comment se fait-il donc que les autorités compétentes ne se saisissent pas du problème sérieusement ? Il y a quelques années, le législateur avait par exemple mis en place une série de lois permettant le transfert de numéros entre opérateurs de téléphonie mobile afin de fluidifier le marché et d’empêcher la naissance d’une situation de monopole. Le marché n’en a été que plus sain. Il existe également des solutions pour corriger les défauts du marché électronique des VTC et le rendre plus transparent et ouvert à la concurrence, et satisfaire ainsi les chauffeurs et les clients.
Si rien n’est fait d’ici quelques mois, le monopole d’Uber sera total et l’entrée de nouveaux arrivants sur le marché des VTC impossible. Les autorités ne peuvent accepter cette situation, d’autant plus que le transport individuel de personnes est un secteur stratégique dont aucune société ne devrait avoir le monopole, encore moins une société américaine.
Il semblerait enfin qu’Uber ait récemment modifié ses contrats de partenariat avec les chauffeurs en requalifiant ces derniers de clients de la plateforme au même titre que les voyageurs.
J’écris donc aujourd’hui, en ma qualité de citoyen, afin de connaître la position de l’Autorité de la Concurrence sur le sujet : j’estime que la société Uber abuse de sa position dominante (art. L. 420-2) et pratique des prix abusivement bas (art. L. 420-5). Je souhaite donc saisir votre organisme pour une enquête détaillée et pour trouver des solutions.
Cordialement,